Qui est Philippe Chalony, suspect dans l’affaire Bengrine ?

Qui est Philippe Chalony, suspect dans l’affaire Bengrine ?

Khadidja Bengrine a disparu en 2004. Elle avait 21 ans. Son corps n’a jamais été retrouvé. Aujourd’hui, un homme est au cœur de toutes les attentions : Philippe Chalony, 59 ans, ancien légionnaire et principal suspect de l’affaire Bengrine. Retour sur un parcours glaçant et une enquête enfin relancée.

Philippe Chalony, un suspect au passé militaire trouble

Né en 1966 à Quimper, Philippe Chalony est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Son père était moniteur-éleveur en lycée agricole, sa mère institutrice dans le privé. Une éducation « à l’ancienne », stricte et croyante, comme il le confiera lui-même aux enquêteurs.

Décrocheur scolaire dès 15 ans, il multiplie les petits boulots avant de faire son service militaire en Allemagne. En 1986, il est condamné à six mois de prison pour un vol à l’arrachée. Une première trace sur son casier judiciaire, loin d’être la dernière.

La chronologie de l'affaire Bengrine
  1. Juillet 2003

    Philippe Chalony s'associe avec Khadidja Bengrine pour lancer Point-Pizza à Quimperlé.

  2. 2004

    Khadidja disparaît à 21 ans. Son corps n'est jamais retrouvé.

  3. Juillet 2013

    L'affaire est classée sans suite, faute de preuves.

  4. Mai 2022

    Chalony est condamné à 12 ans de réclusion pour viols incestueux sur sa belle-fille.

  5. Juin 2023

    Il est mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort.

  6. Aujourd'hui

    De nouvelles fouilles sont annoncées près de Quimper, 22 ans après la disparition.

La Légion étrangère, un tournant dans sa vie

Philippe Chalony s’engage dans la Légion étrangère en 1986. Il y sert notamment à Djibouti et devient caporal. Mais en 1991, il déserte « pour une femme ». Un acte qui en dit long sur son caractère.

« La vie, c’est un combat. C’est tu marches ou tu crèves » : cette phrase, il la dira à une juge d’instruction. Un adage qui résume sa vision du monde et son mépris des faibles. Un homme qui ne buvait jamais une goutte d’alcool, mais qui régnait sur son entourage par la peur.

De la pizzeria à la disparition de Khadidja Bengrine

Revenu à la vie civile, Philippe Chalony ouvre une pizzeria à emporter à Carhaix en 1993. Puis en juillet 2003, il s’associe avec Khadidja Bengrine pour lancer « Point-Pizza » à Quimperlé. La jeune femme a 17 ans de moins que lui.

Leur relation reste floue. Ronan Appéré, son avocat de l’époque, se souvient : « il était resté assez évasif sur sa relation avec elle. Il avait dit avoir mis un terme à la relation, on n’a jamais su pourquoi. L’avocat général l’avait interrogé, il n’avait pas pu répondre. »

Une jeune femme vulnérable, un sauveur manipulateur

Khadidja Bengrine, originaire d’Annemasse en Haute-Savoie, vivait chez sa mère avant de rencontrer Philippe Chalony. L’enquête de personnalité le décrit comme un homme qui intervient « en sauveur » auprès de jeunes femmes vulnérables. Un schéma répété : il choisissait des femmes fragiles et s’imposait comme leur protecteur.

De nombreuses questions restent sans réponse. Pourquoi a-t-il mis fin à la relation ? Que s’est-il passé à l’été 2004 ? Les fouilles récentes apporteront-elles enfin des éléments concrets ?

L’affaire classée sans suite en 2013, puis relancée

En 2004, après la disparition de Khadidja Bengrine, l’enquête s’enlise. Faute de preuves et de corps, l’affaire est classée sans suite en juillet 2013. Mais le destin de ce dossier va basculer en 2019.

C’est la condamnation de Philippe Chalony pour des viols incestueux qui va tout changer. En mai 2022, il est condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises du Finistère. Les archives de ce procès dressent un portrait accablant de cet homme.

Le pôle cold case de Nanterre entre en scène

En juin 2023, Philippe Chalony est placé en garde à vue. Il est ensuite mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort. Il nie les faits, affirmant que Khadidja est partie de son plein gré.

Vingt-deux ans après les faits, de nouvelles fouilles ont été annoncées dans la région de Quimper. La mère de Khadidja, toujours domiciliée à Annemasse, attend des réponses. Chaque parcelle de terrain retournée est un espoir.

Le procès de 2022 : des témoignages accablants

En 2022, devant la cour d’assises du Finistère, Philippe Chalony est jugé pour avoir violé « plusieurs fois par semaine » sa belle-fille de 16 ans, entre janvier et mai 2019. L’adolescente vivait chez lui et subissait son emprise totale. Elle devait l’appeler « maître » pendant ces actes.

Une amie de la jeune fille accuse également Philippe Chalony d’agressions sexuelles. Son avocat, Pierre Guillon, le décrit comme « un type hors norme, à qui il fallait obéir au doigt et à l’œil ». Un portrait sans appel.

Nié en bloc, malgré les preuves

Tout au long du procès, l’accusé nie les faits. Pourtant, il ne fait pas appel de sa condamnation. Une contradiction qui interroge. Anne Chanteux Caron, avocate de l’autre victime, ajoute : « C’était un personnage énigmatique, dominateur, imposant ses vues. »

Le psychiatre Jean-Yves Cozic, chargé de l’examiner avant le procès, a noté sa « psychorigidité » teintée d’ « une nuance d’agressivité ». Son attitude était considérée, selon lui, comme « très problématique au regard du déni et de l’absence de remise en question ». Des mots lourds de sens pour un suspect qui continue de clamer son innocence dans l’affaire Bengrine.

Un parcours criminel jalonné de violences

Le passé de Philippe Chalony ne se limite pas à une seule affaire. Son comportement en prison, jugé « irréprochable » par la directrice de la maison d’arrêt de Brest, contraste avec la violence de son parcours. La fibromyalgie dont il souffre et sa petite taille (1,66 m) ne l’ont jamais empêché de soumettre son entourage.

Voici les étapes marquantes qui composent le portrait de ce criminel présumé :

  • 🔹 1986 : condamné à 6 mois de prison pour vol à l’arrachée
  • 🔹 1986-1991 : engagement dans la Légion étrangère, désertion « pour une femme »
  • 🔹 1993 : ouverture d’une pizzeria à Carhaix
  • 🔹 2003 : association avec Khadidja Bengrine à Quimperlé
  • 🔹 2004 : disparition de la jeune femme, âgée de 21 ans
  • 🔹 2022 : condamné à 12 ans de réclusion pour viols incestueux
  • 🔹 2023 : mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort
  • 🔹 2026 : nouvelles fouilles dans le Finistère

Les fouilles de 2026 : un espoir pour la vérité

Les investigations sont relancées. Des fouilles viennent d’être menées dans la région de Quimper pour tenter de retrouver le corps de Khadidja Bengrine. Les enquêteurs du pôle cold case de Nanterre espèrent que les avancées technologiques et les nouvelles techniques d’analyse permettront d’enfin résoudre cette affaire.

Rien n’est garanti. Mais après 22 ans de silence, chaque geste compte. Pour la mère de Khadidja, pour les proches, pour la justice. Le moindre indice pourrait faire basculer cette enquête.

Ce que cache le profil psychologique de Philippe Chalony

Les différents experts qui ont examiné Philippe Chalony décrivent un homme froid, calculateur, incapable de remise en question. Sa « psychorigidité » et son besoin de contrôle se manifestent dans toutes ses relations. Un trait caractéristique des pervers narcissiques, que l’on retrouve souvent dans les affaires criminelles non élucidées.

Son ancien avocat Ronan Appéré se souvient d’un accusé évasif, incapable d’expliquer la fin de sa relation avec Khadidja Bengrine. Ce mutisme est-il la marque d’une culpabilité enfouie ? Ou simplement le comportement d’un homme qui n’a jamais eu de comptes à rendre à personne ?

Des victimes qui se ressemblent

Le schéma est constant : de jeunes femmes vulnérables, souvent en difficulté, attirées par un homme plus âgé qui se présente comme un sauveur. Une emprise psychologique qui ne dit pas son nom. Dans le cas de sa belle-fille, l’adolescente devait l’appeler « maître ». Une emprise totale, qui rappelle les mécanismes décrits dans l’affaire Bengrine.

Même derrière les barreaux, Philippe Chalony conserve une attitude qui interroge. Son comportement irréprochable en prison est peut-être une stratégie de plus. Une façon de contrôler son image, encore et toujours.

La justice face à un cold case de 22 ans

L’affaire Bengrine est devenue un symbole. symbole des difficultés à élucider les disparitions anciennes, mais aussi de la détermination des enquêteurs à ne rien lâcher. Le pôle cold case de Nanterre, créé pour traiter ces dossiers complexes, a rouvert les investigations et mobilisé des moyens importants.

Philippe Chalony reste présumé innocent des faits qui lui sont reprochés dans cette affaire, mais son passé criminel le place au centre des soupçons. L’enquête se poursuit. Les réponses viendront peut-être d’une parcelle de terrain, d’un objet enfoui, d’un témoignage oublié.

Pour la mère de Khadidja, qui vit toujours à Annemasse, l’attente continue. Chaque nouvelle fouille est une douleur ravivée, mais aussi une chance de voir enfin la vérité éclater. Le temps n’efface pas tout. La justice, elle, n’oublie pas.

Les zones d'ombre de l'affaire Bengrine

Pourquoi l'affaire a-t-elle été classée sans suite en 2013 ?

Faute de corps et de preuves solides. Le dossier a rouvert quand Philippe Chalony a été condamné pour des viols sur sa belle-fille, ce qui a attiré l'attention des cold cases.

Est-ce que Philippe Chalony a déjà été interrogé sur la disparition ?

Il a été placé en garde à vue en juin 2023, puis mis en examen. Depuis, il nie les faits, affirmant que Khadidja est partie de son plein gré.

Quel lien avait-il avec Khadidja Bengrine ?

Ils étaient associés dans une pizzeria à Quimperlé. Leur relation restait floue : il avait 17 ans de plus qu'elle, et il a lui-même dit avoir mis fin à la relation sans expliquer pourquoi.

Où en sont les recherches aujourd'hui ?

De nouvelles fouilles viennent d'être annoncées dans la région de Quimper. La mère de Khadidja attend toujours de retrouver le corps de sa fille, chaque terrain retourné étant un espoir.

Vous en pensez quoi, honnêtement ?

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4 commentaires

  1. L’école n’a pas su le retenir, mais la justice, elle, ne lâchera rien. Bonjour Jules, triste affaire.

  2. Un parcours qui fait froid dans le dos. L’absence de corps laisse un vide insoutenable, comme une pièce sans fin.

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