Le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, a accordé un entretien à plusieurs titres de la presse régionale. Au programme : la rentrée scolaire, la cyberattaque qui a touché les services du ministère, l’interdiction des téléphones portables au lycée, la fin de l’expérimentation de l’uniforme scolaire et le salaire des enseignants. Tour d’horizon des décisions qui marquent cette rentrée 2026.
Rentrée scolaire : un enseignant devant chaque classe, un objectif presque atteint
Lundi 24 août, dans son bureau du ministère, Edouard Geffray s’est montré confiant. Un professeur devant chaque classe dès le premier jour ? « C’est très clairement l’objectif, toutes les équipes y travaillent », a-t-il affirmé. Il a toutefois nuancé : « On ne peut jamais garantir le zéro exception. »
Le ministère doit composer avec 800 000 personnes qui interviennent dans 60 000 implantations et 600 000 classes. Les derniers remontées font pourtant état d’une situation encourageante. « Nous sommes en passe d’atteindre cet objectif », a assuré le ministre.
- 96,15 %de postes pourvus au concourscontre 90 % en 2025
- 3 090 €salaire net moyen d'un enseignanten 2024, contre 2 649 € en 2021
- 10 000 €par lycée pour sécuriser les portablescoût de la nouvelle interdiction
- 2 600postes non pourvus en 2025le chiffre a été divisé par trois
Le recrutement à BAC + 3 porte ses fruits
Du côté des concours, la tendance s’améliore nettement. En 2025, le ministère comptait 90 % de postes pourvus dans le second degré. Cette année, le taux atteint 96,15 %. Une progression qui doit beaucoup au recrutement à BAC + 3, lancé pour élargir le vivier de candidats.
Mieux encore : les moyennes obtenues au concours ont sensiblement augmenté. Des candidats plus nombreux et mieux préparés, c’est le signe d’un regain d’attractivité. L’an dernier, 2 600 postes étaient restés non pourvus. Ce chiffre a été divisé par trois.
Salaire des enseignants : une hausse réelle mais insuffisante ?
Le salaire net des enseignants est passé de 2 649 € en moyenne en 2021 à 3 090 € en 2024. Selon la Depp, cela représente une augmentation de 4,3 % entre 2023 et 2024. Une hausse que le ministre assume pleinement.
Mais les syndicats tempèrent : ces chiffres seraient surtout liés à l’inflation, aux primes et aux heures supplémentaires, pas à une vraie revalorisation du métier. Edouard Geffray reconnaît qu’il faut poursuivre l’effort : « Ma conviction profonde, c’est qu’il faut continuer à améliorer leur rémunération. C’est un chantier de nouveau quinquennat. »
Le chantier de la revalorisation s’annonce donc comme un sujet majeur de la campagne présidentielle. Le ministre défend toutefois son bilan : dédoublement des classes, refonte des programmes, réforme du lycée jugée réussie.
Cyberattaque et sécurité des établissements : la réponse du ministre
Le ministère a dû faire face à une cyberattaque d’ampleur dans les semaines précédant la rentrée. Les services informatiques ont été mis à rude épreuve, mais les données sensibles ont été protégées. La sécurité numérique reste une priorité affichée par le gouvernement.
Cette attaque n’a pas remis en cause l’organisation de la rentrée. Les équipes techniques ont travaillé jour et nuit pour sécuriser les accès. Les établissements scolaires, eux, se préparent à accueillir les élèves dans des conditions normales.
Interdiction des téléphones portables au lycée : une mesure enfin applicable
La nouvelle est tombée comme un couperet : dès la rentrée 2026-2027, l'usage du téléphone portable sera interdit dans les lycées. Le Président de la République a promulgué la loi, qui sera publiée ce mardi. Les élèves pourront avoir leur téléphone sur eux, mais il devra être éteint et rangé dans le sac.
En cas de transgression, la confiscation sera appliquée. Une règle simple, déjà en vigueur à l’école et au collège. « Dans les lycées, c’était une question de principe », a insisté le ministre, conscient des défis pratiques que cela implique pour les proviseurs.
Les parents d’élèves s’inquiètent. La FCPE a estimé que l’application de cette mesure serait « extrêmement complexe ». Le coût de la sécurisation des téléphones est estimé à 10 000 € par lycée. Le ministère promet des dérogations possibles pour certains usages pédagogiques.
Ce que dit la loi sur l’interdiction des portables dans les lycées
Le principe est clair : téléphones éteints et rangés dans les sacs. Les lycéens ne pourront plus consulter leurs messages entre deux cours. Une décision qui vise à lutter contre le harcèlement et à favoriser la concentration.
Le texte de loi a été validé par le Conseil constitutionnel concernant cet article. Les questions sur les violences sexistes et sexuelles seront d’ailleurs intégrées au questionnaire annuel sur le harcèlement. De la grande section à la terminale, 10 millions d’élèves seront interrogés en novembre.
Uniforme scolaire : l’expérimentation s’arrête, le bilan est mitigé
Autre grande décision : l’uniforme ne sera pas reconduit à cette rentrée. Le gouvernement enterre l’expérimentation menée dans plusieurs régions. Edouard Geffray refuse de parler d’échec : « Ce n’est ni un échec ni un gâchis », a-t-il martelé.
Les effets observés sur les résultats scolaires sont jugés « globalement assez faibles ». Le climat scolaire, lui, n’a pas montré d’amélioration nette. Le coût de l’expérimentation est avancé pour justifier la suppression de cette mesure.
Alors, faut-il y voir un aveu d’impuissance ? Pas pour le gouvernement. Des dérogations locales restent possibles : « Si ça y participe localement, pourquoi pas », a concédé le ministre. Le débat sur la suppression de l’uniforme scolaire est donc loin d’être clos.
Des classes qui ferment en zone rurale : le ministre veut une politique d’aménagement
La baisse démographique frappe durement les campagnes. Cette année, le système éducatif compte 161 000 élèves de moins que prévu. Au total, la France compte désormais 11,6 millions d’élèves, contre 12,3 millions en 2017.
Face à cette hémorragie, le ministre veut inverser la tendance. « Je veux agir au lieu de subir », a-t-il expliqué. Concrètement, il souhaite que l’implantation des classes réponde à une logique d’aménagement du territoire et non simplement aux chiffres démographiques.
18 départements pilotes expérimentent cette approche. Une direction de la politique territoriale de l’École sera créée d’ici le 1er novembre. Objectif : permettre aux élus locaux de connaître les décisions de fermeture ou d’ouverture de classes bien avant le mois de mars.
La sécurité des enseignants : des contrôles renforcés
Après l’agression au couteau d’une professeure dans le Var, la question de la sécurité est brûlante. Depuis mars 2025, plus de 27 500 contrôles ont été réalisés aux abords des établissements. Près de 1 000 armes blanches ont été saisies.
Le ministre a également évoqué le décret permettant de transférer un élève si un membre de sa famille représente un risque. Une mesure qui inquiète les syndicats, mais qu’Edouard Geffray assume pleinement : « On ne touche pas à un professeur, cela doit rester tabou. »
30 % des incidents graves dans le premier degré impliquent des parents. « L’École ne peut pas être le réceptacle des tensions de nos sociétés », a-t-il conclu.
La campagne présidentielle sur le dos de l’École
Raphaël Glucksmann, lors de sa déclaration de candidature, a vivement critiqué le niveau de l’école française. D’autres candidats lui emboîtent le pas. L’éducation s’annonce comme un thème central de la campagne présidentielle.
Edouard Geffray ne se démonte pas : « Notre bilan, ça n’est pas 10 ans d’immobilisme. » Il met en avant les dédoublements de classes, la rémunération des enseignants, la réforme du lycée. Pour la première fois depuis 25 ans, la voie professionnelle voit ses effectifs augmenter.
Face à la grogne persistante des Français, le ministre botte en touche : « La trajectoire n’est pas achevée. » Il promet de défendre ses idées dans le débat public. Les candidats sont prévenus : l’École sera bien l’un des grands chantiers de la campagne.
Ce qu’il faut retenir des annonces du ministre
- 📱 Interdiction des téléphones portables au lycée dès la rentrée 2026-2027
- 👔 Suppression de l’uniforme scolaire après une expérimentation jugée peu concluante
- 💻 Cyberattaque gérée par les services du ministère, sans impact sur la rentrée
- 🧑🏫 Un professeur devant chaque classe : objectif quasi atteint selon le ministre
- 💰 Hausse de 4,3 % du salaire des enseignants entre 2023 et 2024
- 🏫 Direction de la politique territoriale de l’École créée le 1er novembre
- 🚔 27 500 contrôles aux abords des établissements depuis mars 2025
La rentrée 2026 s’annonce donc charnière pour l’Éducation nationale. Entre l’interdiction des téléphones portables, la fin de l’uniforme et la question épineuse des salaires, le ministre aura fort à faire. Les décisions annoncées marquent une volonté de fermeté, mais les doutes restent nombreux sur le terrain.
Ce que la rentrée va vraiment changer
Le portable sera vraiment interdit dans tous les lycées ?
La loi est promulguée, l'interdiction démarre à la rentrée 2026-2027. Téléphone éteint et rangé dans le sac, confiscation en cas de transgression. Des dérogations restent possibles pour des usages pédagogiques.
Pourquoi le ministre arrête l'expérimentation de l'uniforme ?
Le texte acte la fin de l'expérimentation pour cette rentrée. Les motifs détaillés ne sont pas encore donnés, mais le coup est tranché. Les établissements concernés devront s'adapter.
Faut-il s'inquiéter de la cyberattaque au ministère ?
Les données sensibles ont été protégées et la rentrée se déroule normalement. Les équipes techniques ont sécurisé les accès. La vigilance reste le maître mot.
Combien gagne un enseignant aujourd'hui ?
Le salaire net moyen atteint 3 090 € en 2024, contre 2 649 € en 2021. Les syndicats rappellent que la hausse tient surtout à l'inflation et aux primes. Le ministre promet de continuer.
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Rédacteur en chef des échos limousins. Journaliste passé par plusieurs quotidiens du Sud-Ouest, revenu vivre en Haute-Vienne pour raconter le Limousin autrement, avec rigueur et proximité.